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Interview
recueillie par François REUMONT
pour la revue professionnelle
LE TECHNICIEN DU FILM & DE LA VIDEO (Fév 2001)" Jean Louis
BOMPOINT : Le Fou Filmant "
Jean
Louis Bompoint a suivi un parcours assez atypique en tant que directeur
de la photographie. Passionné dés son plus jeune age par
les images animées, il se lance à 12 ans avec enthousiasme
dans la réalisation de films en 8mm peints à la main (photogramme
par photogramme), et correspond avec Norman MacLaren, pionnier canadien
du cinéma danimation. Parallèlement à cet engouement
pour le cinéma, il découvre aussi le jazz, et tout particulièrement
le vibraphone à travers les disques de Lionel Hampton.
En 1983 il se lance dans la réalisation dun premier film
danimation (Histoire dun Clown) , suivront dautres courts
métrages (notamment avec son ami Michel Gondry), puis la restauration
dun classique du cinéma français : LAtalante
de Jean Vigo acclamée à Cannes en 1990. Depuis 1995, il
oriente sa carrière désormais plus vers la direction de
la photographie, et travaille régulièrement sur des campagnes
publicitaires internationales (Nike, Thrifty, Canon
) aux côtés
de réalisateurs comme Seb Caudron, Nico Beyer, Henning Winkelmann
ou encore son fidèle partenaire Michel Gondry . Aujourdhui,
toujours partagé entre le swing de son orchestre de jazz (avec
qui il enregistre et se produit régulièrement avec entre-autres,
Thomas Dutronc) et la prise de vue, il signe les images du premier long-métrage
dAlain Soral : Confession dun dragueur produit par Flach Films.
TFV : Comment en êtes vous venu à vous intéresser
au cinéma ?
Jean Louis Bompoint : J'ai découvert le cinéma très
jeune.
À 4 ans, mon Père m'a emmené voir Peter Pan (Walt
Disney) au cinéma en me disant avant d'entrer dans la salle que
j'allais voir des images immenses qui bougeaient sur un mur.
Bien sûr, j'ai été fasciné. Mais je n'avais
pas compris le principe technique. Cela relevait donc pour moi du "tour
de magie" : Les lumières s'éteignent et sur un grand
écran blanc, des images se mettent subitement à bouger.
Ce n'est que par la suite que j'ai été réellement
abasourdi par le principe même du cinéma.
En 1966, j'ai été invité à l'anniversaire
de l'un de mes camarades de classe. Il avait reçu en cadeau de
la part de ses parents un petit projecteur de cinéma à manivelle
appelé "MINICINEX".
Cet appareil était génial : On pouvait faire défiler
le film en avant, en arrière, au ralenti, en accéléré
et même s'arrêter sur un photogramme de son choix. Cela a
vraiment été un choc pour moi que de découvrir cela.
Ensuite, mon Oncle qui était cinéaste amateur, nous faisait
des projections familiales tout en prenant le temps de m'expliquer avec
précision comment fonctionnait le principe du cinématographe.
Cela m'a immédiatement passionné et c'est à ce moment
que j'ai décidé d'en faire ma profession.
Parallèlement à cela, ma passion pour la musique et particulièrement,
le Jazz, grandissait; et je me suis mis à faire la relation entre
le rythme des images animées du cinéma avec celui de la
musique, en me disant qu'il y avait quelque chose de commun entre tout
cela et des choses passionnantes à découvrir.
À partir de cette "découverte", tous mes jeux
d'enfant ont été basés sur la relation "image/son".
Par exemple, si je faisais du vélo, je pédalais en rythmant
mon déplacement sur un air de musique que je chantais dans ma tête.
Si je construisais quelque chose avec mon "MECCANO", c'était
toujours des choses mobiles, voire abstraites et jouant avec des sources
lumineuses que je pouvais déplacer et ou manipuler sur un rythme
musical quel qu'il soit. J'adorais également les fêtes foraines,
la nuit : Le rythme des manèges avec leurs lumières en mouvement
et la musique ambiante du lieu provoquaient chez moi des sensations inoubliables.
Ainsi et au hasard des choses, je me suis longtemps amusé durant
toute mon enfance, à pratiquer ce genre d'expériences qui
prenaient la majorité du temps de mes loisirs.
Puis, en 1972, j'ai découvert le cinéaste d'animation Canadien
Norman Mac LAREN et ses films musicaux abstraits directement peints et
dessinés sur pellicule, dont Begone Dull Care (1949) avec comme
bande son, une improvisation Jazz due au trio d'Oscar Peterson. Cela a
vraiment été un véritable choc émotionnel
pour moi car je trouvais là, la réalisation concrète
de tous mes rêves esthétiques.
Comme je désirais à commencer à tourner des images
cinématographiques mais que je n'avais pas de caméra, j'ai
décidé d'adopter le procédé de Mac Laren en
dessinant des images sur de la pellicule 8mm, photogramme par photogramme,
sans l'aide d'une caméra.
Après 4 mois de travail acharné (et un décollement
de rétine), j'ai envoyé mon petit film de 4 minutes (soient
5760 images dessinées à la main) à Mac Laren à
l'Office National du Film du Canada, afin de savoir ce qu'il pensait de
mon travail (à 12 ans, on a peur de rien !..).
Par bonheur, le cinéaste m'a répondu positivement en me
demandant d'arrêter de m'esquinter les yeux sur un format aussi
petit et en m'envoyant de la pellicule 16 et 35mm ainsi que de nombreuses
notes techniques concernant les divers procédés qu'il avait
mis au point. Ainsi, nous avons échangé une correspondance
soutenue pendant plusieurs années où j'envoyais mes films
à Mac LAREN, qui corrigeait et commentait aimablement mon travail.
J'ai eu là une chance incroyable !
TFV : Votre passion pour le jazz a t-elle eu une influence sur votre
manière dappréhender les films ?
JLB : En découvrant le travail de SM. Eisenstein , j'ai lu dans
ses écrits sur le cinéma qu'il avait déclaré
: "Le film est rythme".
Grâce à cela j'avais compris que le cinéma n'était
en fait nullement une question de scénario plus ou moins bien écrit
mais bien plutôt une continuité rythmée qui devait
sans cesse éveiller l'attention du spectateur.
En fait, je m'étais rendu compte que l'on racontait dans n'importe
quel film, plus ou moins la même histoire; que ce soit un dessin
animé, un western ou un film de cape & d'épée.
Seule la qualité du film relevait de son rythme : De par le jeu
des comédiens, leur diction, la composition des mouvements de caméra,
la dynamique de la lumière, la nature de la bande son et bien sûr,
la qualité du montage.
C'est pour cela entre-autres, que le cinéma de JL.Godard m'interpelle
et que celui de François Truffaut m'ennuie vraiment.
Il en est de même pour la musique. C'est pour cela que le Jazz m'a
très vite séduit et particulièrement, le talent de
Lionel Hampton qui a eu une très grande influence esthétique
sur moi; même lorsque je fais du cinéma.
Pendant de longues années, j'ai été monteur et dois
avouer que si je n'avais pas été musicien, je n'aurais jamais
pu résoudre tous les problèmes "image & son"
qui se sont présentés sur ma table de montage. Notamment,
lorsque j'ai restauré pour GAUMONT en 1990, LAtalante (Jean
Vigo-1934). La narration comptait peu. Vigo l'avait aussi (et sûrement
avant beaucoup d'autres) compris. Seul le rythme doit être Roi.
Avec ce principe, on reste certain de pouvoir résoudre nombre de
choses, et le plus mauvais film qui soit, s'il est bien monté,
peut devenir quelque chose de passionnant.
TFV : Et la lumière, le travail de chef opérateur ?
JLB : La prise de vues, la lumière m'ont toujours interpellées
et souvent lorsque nous regardions des films avec mon ami Michel Gondry,
à l'époque où nous partagions un appartement Parisien,
celui-ci m'encourageait à devenir Directeur de la Photographie.
"Tu n'as plus rien à faire dans le dessin animé",
me disait-il. "Je suis sûr que c'est la fonction de Chef-Opérateur
qui te convient". Cependant, je n'étais pas convaincu, quelque
peu effrayé par une telle responsabilité. Mais Gondry est
quelqu'un de tenace et un jour de 1997, alors qu'il avait quitté
la France pour les Etats-Unis, il m'appelle d'Hollywood pour me dire :
"J'ai décroché la pub NIKE en tant que réalisateur
et ce sera toi le Chef-Op ! Fais tes valises et rapplique ici !".
J'étais "coincé" et ne pouvais refuser une telle
offre. Me voilà donc quelques jours plus tard à la tête
d'une équipe technique Américaine pour diriger la lumière
et les prises de vues des 5 spots NIKE, orchestrés par Michel Gondry.
Ce fût une sacrée expérience ! Un petit Français
au milieu de tous ces Américains chevronnés en ayant en
plus la lourde responsabilité de ne pas décevoir un ami
qui vous a donné toute sa confiance; ce n'était pas évident...
J'ai travaillé "à l'intuition" et sans me poser
aucune question. dans la fièvre de l'instant dirais-je.
La suite a prouvé que cette démarche n'était pas
mauvaise, puisque tout le monde paraissait satisfait de mon travail...
Ensuite, les choses sont allées très vite. Georges Bermann,
Producteur exclusif de Gondry, (PARTIZAN-MIDI.MINUIT) m'a conseillé
de rencontrer un agent. Après quelques visites infructueuses ici
et là où l'on m'a réservé un intérêt
frigorifique, j'ai eu finalement le plaisir de rencontrer Mireille Aranias
et son adjointe : Véronique Lhébrard qui m'ont accueilli
avec chaleur au sein de l'agence FIRST ONE.
TFV : Quest ce qui vous attire dans le travail en publicité
?
JLB : Faire des films de pub est absolument passionnant.
Dans chaque nouveau projet, le style change et il faut constamment s'adapter
pour donner au sujet imposé tout son talent et son imagination
dans un laps de temps très court.
C'est très amusant et fait "bouillir les neurones" dans
le bon sens.
De plus, je dois avouer que j'ai eu beaucoup de chance dans la mesure
où tous les réalisateurs qui m'ont accordé leur confiance,
m'ont toujours laissé l'entière liberté de pouvoir
opérer à ma guise; même si j'ai pu parfois comprendre
que mes méthodes de travail en ont surpris quelques uns, de par
leur non conformisme...
Qu'importe si l'on filme du fromage, un soda, une voiture ou un déodorant...
Un film de pub, c'est d'abord du Cinéma et c'est toujours dans
cet esprit que j'essaye de fonctionner avec mon Assistant de prédilection
: Thierry Trelluyer, qui me "supporte" depuis 10ans et dont
le talent, le dévouement comme la patience me font l'apprécier
un peu plus chaque jour.
TFV : Venons en au projet Confession dun dragueur . Comment
vous la ton proposé ?
JLB : Alain Soral m'a été présenté en 1990
par un ami, alors pigiste à PARIS MATCH : Christophe Vaudou.
Il savait par intuition que Soral et moi devions nous rencontrer; même
si nos personnalités sont totalement opposées mais pourquoi
pas, complémentaires...
J'ai tout de suite été séduit par le culot, l'humour
dévastateur et la parfaite maîtrise de la mauvaise foi provocatrice
pratiquées par Soral qui sait également se révéler
comme un Etre délicieux et plein de délicatesse.
Le courant est immédiatement passé entre nous et lorsqu'il
m'a proposé d'être le monteur de son second court-métrage
: Les Rameurs (AGAT Films), j'ai immédiatement accepté.
Ce montage fût une réelle partie de plaisir et nous nous
sommes bien amusés à travailler ensemble.
Comme le film était astreint à un budget minimal, je n'ai
jamais pu être payé de mon travail.
Mais pour me remercier, lorsque son film fût achevé, Soral
m'a offert l'ouvrage d'Henri Alekan : Des Lumières & des Ombres
avec la dédicace suivante : "À Jean-Louis Bompoint,
sage comme une image. Il faut que cela change !!!".
Etait-ce un signe du destin ?..
Toujours est il que Soral caressait depuis longtemps l'idée de
tourner un long-métrage adapté de l'un de ses romans.
Au fur et à mesure que l'idée continuait à germer
dans son esprit, il me faisait parvenir son script, toujours en voie d'amélioration
(car Soral est l'un des plus pointilleux perfectionnistes que je connaisse)
et comme il suivait avec attention mon travail de chef-opérateur,
il m'a finalement demandé de prendre en charge les prises de vues
et la lumière de son film.
Entre cette décision et le premier tour de manivelle, un long et
pénible parcours du combattant a été "nécessaire"
et plusieurs années ont passé pour que le projet se concrétise.
Mais Alain Soral est un Homme tenace, fidèle, qui tient toujours
ses promesses et lorsque Jean-François Lepetit (FLACH FILMS) a
décidé de produire Confession dun Dragueur, Soral
m'a immédiatement imposé comme son directeur de la photographie,
même si au départ cette décision était loin
de faire l'unanimité au sein de la production...
Avec l'aide de la Scripte : Cenzina Perrota, nous avons à trois,
établi le découpage du film par numéros.
Comme l'écriture de Soral est très dense comme dangereusement
précise, ce fût un travail extrêmement difficile à
mener à bien et de longues séances furent nécessaires
avant que nous soyons satisfaits.
TFV : Avez vous discuté de choix de styles concernant limage
du film ?
JLB : Au niveau de l'esthétique de l'image, Soral souhaitait avoir
pour son long-métrage des images contrastées et colorées
dans un style "Nouvelle vague" proche de Raoul Coutard, Pierre
Lhomme, voire Boris Kaufman.
Il était également convenu que beaucoup de scènes
devraient être filmées caméra à l'épaule
et surtout sans l'aide du STEADYCAM qui est une machine que nous détestons
cordialement tous les deux, tant la souplesse artificielle des mouvements
qu'elle provoque, affaiblit considérablement la dramaturgie comme
la dynamique de l'image captée par la caméra qui est fixée
dessus.
L'action du film devait se dérouler en plein été,
à Paris. Soral a donc fait un méticuleux repérage
dans les moindres coins de la capitale qu'il connaît mieux que personne,
en m'indiquant les ébauches des cadres qu'il comptait composer
lors du tournage. Malheureusement, les aléas de la production ont
fait que nous avons commencé le tournage début octobre avec
des conditions atmosphériques épouvantables.
Adieu donc, soleil et autres ombres tranchées !.. Nous avons donc
donné dans un Style Automnal où il a été décidé
que deux couleurs s'opposeraient constamment : Celle du personnage de
Paul (Thomas Dutronc), froide et se déclinant vers le bleu contre
celle de Fab (Saïd Tagmahoui), chaude et orangée.
TFV : Ce type de décision ne va pas sans une certaine collaboration
avec les costumes, ou les décors
JLB : Jai eu la chance, sur ce film, de travailler avec une amie
de longue date ; en la personne de Martine Bourgeon, qui a une vraie connaissance
des relations entre lumière et costumes. Cette dernière
a une expérience extraordinaire, notamment de quelques gros films
américains, et cest une des rares à dabord sentretenir
avec lopérateur avant de faire ses propositions au réalisateur.
Javais dailleurs à cette occasion offert à Martine
un verre de vision panchro qui permet , lorsquon le porte à
lil dinterpréter les couleurs telles que les
" voit "réellement la pellicule. Pendant tout le film
de Soral, elle a constamment utilisé cet accessoire pour choisir
ses costumes, ce qui illustre bien linteraction quil y avait
entre nos deux postes. Il y a eu aussi bien sûr le même travail
effectué avec Denis Mercier, le chef décorateur qui a fait
des aménagements extraordinaires, notamment sur une scène
se passant dans lentrepôt dun antiquaire, qui me faisait
un peu penser a lentrepôt de Saturnin Fabre dans Les Portes
de La Nuit de Marcel Carné.
TFV : N'est ce pas plutôt inhabituel pour un opérateur
comme vous qui a principalement travaillé sur des publicités
internationales de se retrouver sur un film à budget très
serré ?
JLB : Le début de collaboration avec les responsables de FLACH
FILM a été extrêmement éprouvant pour moi.
La Production a vu d'un très mauvais il que Soral impose
sans conditions "un chef-opérateur sorti tout droit de la
pub (et qui plus est à très gros budgets) et qui n'avait
jamais tourné de long métrage". (sic !!!).
Aussi ai je été "accueilli" avec beaucoup d'inquiétude(s)
et ai dû subir de longs interrogatoires sur mes méthodes
de travail par ailleurs plus ou moins connues pour ne pas être celles
de tout le monde...
Bien que correct, le budget de Confession dun Dragueur était
loin d'être identique à ceux des autres films auxquels j'ai
pu participer. Mais c'était oublier de la part de la Production,
que je savais également travailler dans des conditions "Spartiates".
Bien avant d'avoir l'opportunité de travailler sur des budgets
"Elyséens", j'ai tourné de nombreux "petits
films ", parfois même avec de la pellicule périmée
et éclairée par deux ou trois loupiotes qui se battaient
en duel.
Combien de fois et avec Michel Gondry, lors de nos débuts et faute
d'argent, avons nous développé et tiré nous mêmes,
grâce à des bricolages insensés dans notre salle de
bains, des mètres de pellicule que nous avions impressionnée
en vue de composer tel ou tel court-métrage tendant à nous
faire connaître ?..
J'en passe et des meilleures...
Egalement, ayant été longtemps sous l'influence du pionnier
cinématographique pluridisciplinaire qu'est Julien Pappé
(MAGIC FILMS), j'ai appris avec cet Homme extraordinaire et inventif "comment
faire marcher une caméra avec une ficelle et trois clous".
Cela, Soral le savait et c'est pourquoi il était confiant dans
ma manière de m'adapter au cadre imposé par la production
de son film.
Toujours loin d'être convaincu de cela, FLACH FILM m'a fait tourner
des essais avec le réalisateur et les acteurs principaux du film
car Il convenait de tester "Le Débutant"... Par chance,
mes prises de vues plurent à la Production et les craintes commencèrent
lentement à s'évanouir pour totalement disparaître
lorsqu'au fil des jours, le Laboratoire GTC annonçait quotidiennement
le tant attendu "RAS, tout va bien, c'est très bon...".
Ainsi et alors qu'au départ, la Production m'avait alloué
des moyens très restreints au niveau lumière et machinerie,
j'ai pu constater avec mon Chef Electricien : l'incroyable Alain Payet
et mon Chef Machiniste : Cyril Leguennec, au fur et à mesure que
le tournage avançait et que la lumière naturelle baissait
un peu plus chaque jour, que la confiance s'installait et qu'Eddie Jabes,
notre Directeur de Production, nous donnait sans sourciller des moyens
de plus en plus importants pour travailler. J'en ai été
très heureux et remercie encore Jean-François Lepetit de
m'avoir offert la chance de pouvoir tourner mon premier long-métrage
Français en m'accordant peu à peu sa confiance comme son
amitié qui se sont développées avec chaleur et sincérité
tout au long de ce tournage qui s'est effectué en 33 jours de marathon
cinématographique avec une équipe sensationnelle de compétence,
de dévouement et de bonne humeur.
TFV : Quels ont été vos choix techniques quant au matériel
de prise de vue ?
JLB : Lorsque D.W Griffith a tourné Naissance dune Nation,
il y avait 1000 figurants devant la caméra et seulement 3 personnes
derrière. Aujourd'hui, c'est le contraire qui se passe. Aussi,
j'essaye du mieux que je peux d' employer le matériel le plus léger
qui soit avec le moins de monde possible qui puisse s'affairer dessus.
N'oublions pas que depuis 1895, date de la naissance du Cinéma,
la technique de la prise de vues proprement dite n'a quasiment pas évolué.
Les caméras que nous utilisons aujourd'hui ont exactement la même
technologie que celle inventée par Louis Lumière. Seul le
mouvement autrefois entraîné manuellement, a été
remplacé par un moteur électrique. Toutes les caméras
actuelles, énormes et bourrées d'électronique inutile
me prêtent à rire mais pas tant que les affairés qui
en deviennent esclaves en accordant plus d'importance à réussir
"à faire tourner la bête", plutôt que de
se préoccuper de ce qu'elle va capter !
C'est pourquoi je déteste les grosses caméras munies d'objectifs
zoom phalliques visant à combler la libido refoulée de leurs
utilisateurs. C'est encombrant, pénible à manoeuvrer et
fait perdre un temps considérable.
Je me bats donc toujours pour utiliser les plus petites caméras
qui sont en présence sur le marché actuel.
Ainsi, l'AATON 35 et la MOVIECAM SL sont mes caméras 35mm de prédilection.
Pour " Confessions...", j'ai tourné tant que jai
pu avec l'AATON 35. Mais comme le film a été enregistré
en son direct par le talentueux et exigeant Ingénieur du Son :
François de Morant, j'ai dû parfois utiliser une encombrante
caméra ARRIFLEX BL4S, totalement insonorisée et visant à
se faire oublier au niveau décibels, des impitoyables microphones
et grands porteurs d'ombres involontaires, que François & son
Assistant : Emmanuel Ughetto, plaçaient ici et là avec un
diabolisme malicieux. C'est là que j'ai remarqué, qu'ô
combien La France était peut -être le seul pays où
l'on savait réellement tourner en son direct et avec une qualité
sans pareille !
Question lumière, tout est bon à prendre : Tungsten, HMI,
réflecteurs, etc... J'adore mélanger tout cela.
Ce qu'il faut, c'est trouver la source juste pour concrétiser heureusement
la prise de vues que vous allez effectuer.
Je ne respecte aucune règle : Cellules, colorimètres et
autres engins du même acabit m'ennuient souverainement.
C'est en général mon Chef Électro qui fait la liste
des lumières. Je la demande toujours basique et sans fioritures
inutiles. Suivant le plan qu'il y a à faire, je vais dans le camion,
discute avec mes gars et choisis ce qui me convient, toujours en ayant
dans l'idée d'en utiliser le moins possible.
TFV : Et concernant la pellicule ?
JLB : La pellicule que j'utilise est presque toujours équilibrée
en lumière du jour. Moins elle est sensible et plus je suis heureux.
Sur ce film, jai panaché de la 5245 (50D) , avec de la 5246
(250D) et aussi un peu de 5279 (500T) pour deux scènes (la boîte
de nuit, et lentrepôt de lAntiquaire).
Mon ouverture de prédilection est f:8. J'aime la profondeur de
champ.
Mon obsession ? La mise au point ! Les plans flous me font horreur. Ne
parlons même pas des plans mous qui sont pour moi un véritable
cauchemar !
Etant donné que je cadre tous les films que je tourne, je fais
la mise au point sans décamètre lorsque j'utilise une caméra
à système REFLEX, c'est à dire qui renvoie directement
l'image que vous cadrez dans le viseur.
Lorsqu'il y a des changements de point à effectuer en cours de
prise de vues, je les donne au préalable à mon Assistant
qui les repère et les prend en charge lorsque l'on tourne la scène.
Je ne trouve rien de plus stupide que de faire la mise au point au décamètre
lorsque l'on dispose d'une caméra REFLEX. Mais c'est malheureusement
ce qui se pratique sur tous les tournages dans 90% des cas car les Equipes
Image sont encore sous la coupe d'une vieille habitude se pratiquant à
l'époque révolue où les caméras étaient
"aveugles"; c'est à dire, qui ne renvoyaient pas directement
à l'opérateur l'image qu'elles enregistraient pendant la
prise de vue (Par exemple les caméras MITCHELL à système
RACKOVER ou les DEBRIE "Super Parvo" pour ne citer qu'elles...).
Moralité : Regardez attentivement n'importe quel film actuel :
40% des plans sont mous, parce leur mise au point a été
effectuée au décamètre ! Lorsque le film passe à
la TV cela fait la farce. Mais sur un grand écran, c'est une autre
histoire...
Sur Confession dun dragueur, le décamètre a été
donc mis au placard.
Alain Soral a un sens inné du cadre et il adore jouer avec la caméra
avant d'entamer une prise de vues. Mais bien que je l'ai plusieurs fois
invité à tourner lui même le plan qu'il avait mis
en scène, il a toujours eu la pudeur de refuser, même si
il sait exactement ce qu'il veut obtenir à l'écran.
Dans la composition des prises de vues, son exigence comme son Jansénisme
sont dignes de Robert Bresson, qui était comme on le sait, la terreur
des Chefs-Opérateurs tant il considérait que "Puisqu'il
y a de la lumière, aussi faible soit elle, on peut encore tourner...".
Ainsi, mais finalement à ma plus grande joie, Monsieur Soral m'a
demandé parfois l'impossible en tournant dans des conditions de
lumière périlleuses tant elles étaient précaires,
comme dans la scène de lappartement de lHôtesse
de lAir. J'ai pris là des risques importants qui m'ont fait
passer bien des nuits blanches. Mais ces risques encourus se sont finalement
révélés payants et je remercie encore mon réalisateur
de m'avoir poussé dans les "cimes de l'extrême".
Seul, le résultat compte !
Il y a eu peu de mouvements de caméras avec machinerie dans le
film mais les rares qui ont été effectués ont été
assez complexes. Dieu merci, Cyril Leguennec et son équipe étaient
toujours là, avec le sourire en plus !
La lumière a été maîtrisée et installée
avec une rare compétence par Alain Payet et son équipe aussi
sympathique, compréhensive qu'efficace.
Aussi, j'aimerais rendre hommage aux comédiens principaux : Saïd
Tagmahoui et Thomas Dutronc, qui se sont pliés avec une gentillesse
sans pareille aux "exigences du Cinématographe" !
Enfin, je dois avouer qu'en 7 semaines de tournage, il n'y a eu absolument
aucun conflit entre Alain Soral et moi, considérant tous les deux
que nous nous sommes follement amusés à faire le cinéma
qui nous plaisait et en ayant la chance d'avoir un Producteur qui nous
a laissé toute liberté d'expression en intervenant en aucune
manière dans nos choix.
Nos seuls ennemis ont été le temps, les conditions atmosphériques
et le manque de sommeil qui s'est cruellement accumulé au fil des
jours.
" La routine habituelle quoi !.. "
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