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Genèse
de mon premier court-métrage professionnel
Tout a commencé en
1982 où je termine mon DUT de Publicité à l'Université
de Bordeaux III. En cours d'histoire de l'Art, dans l'amphi et devant
moi, une de mes camarades étudiantes : Claude AUFRERE, griffonne
sur une feuille de papier des dessins charmants à la plume, dont
le style n'est pas sans me rappeler celui de Roland TOPOR, que j'avais
découvert dans le film de René LALOUX : "LA PLANÈTE
SAUVAGE".
À cette époque, je venais de terminer un dessin-animé
plus ou moins réussi : "OPUS 81" et j'avais vraiment
envie de faire un autre film, plus accompli que le précédent.
En voyant les dessins de Claude, ce fût le coup de foudre :
-"Veux tu faire un dessin animé avec moi ? Je trouve ton graphisme
formidable !"
- "Pourquoi pas ?.. Mais je ne sais pas comment ça marche."
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les vacances approchaient et
nos examens aussi. Heureusement, tout le monde fût reçu et
je pus obtenir de mes parents qui partaient en vacances, de me laisser
l'appartement familial, afin que je le transforme en studio. J'avais décidé
de faire un court-métrage, basé sur une vague histoire de
science-fiction imaginée par un camarade (Pascal BERTIN) et qui
était basée sur le fait que nous étions de trop sur
Terre et qu'il fallait réguler la mort des humains à partir
d'un certain âge. Cette perspective de meurtre officialisée
et préméditée par le Pouvoir d'un Gouvernement "X",
me faisait froid dans le dos et je trouvais que ce récit pouvait
être une belle métaphore illustrant la sauvagerie capitaliste
sur les Ouvriers et Travailleurs. Dans le même temps, j'avais entendu
à la radio que des amateurs de reptiles New-yorkais, se débarrassaient
volontiers de leurs crocodiles, devenus trop encombrants, arrivés
à l'âge adulte. C'est à partir de ces deux idées
force que j'ai imaginé le scénario d'HISTOIRE D'UN CLOWN.
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Nous
avons travaillé tout l'été. Il y avait Claude
AUFRERE, qui a créé le graphisme des personnages et
des décors, Alain SANCHEZ, qui a effectué toutes les
planches couleur et certains décors et Jean-Michel BERNARD,
qui a travaillé sur la musique, que je voulais enregistrer
sur un orgue d'église. Claude a également dessiné
le story-board, en suivant toutes mes indications de découpage.
Un dossier conséquent fût bientôt constitué,
ainsi qu'une maquette musicale.
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Fort de mes 22 ans et de mon inexpérience, je décidais de
monter à Paris, persuadé que n'importe quel Producteur de
court-métrage allait m'ouvrir sa porte en grand et financer mon
film. Quelle désillusion ! J'ai fait pour la première fois
la connaissance du cénacle très privé des cinéastes
d'animation Français, dont l'état d'esprit est basé
sur l'hostilité, la jalousie, la méfiance, la peur de "l'autre
plus doué que lui" et le mépris des nouveaux venus.
À aucun moment je n'ai pu trouver une quelconque personne acceptant
de me donner un conseil ou même un vague geste d'encouragement.
Les portes claquaient dans mon dos et les refus se multipliaient. J'ai
même entendu ce vieux routard de Michel BOSCHET me dire : "Abandonnez
et rentrez chez vous, mon vieux... Votre projet est absolument NON VIABLE
!".
Désespéré,
je retournais à Bordeaux. Mes camarades étaient bien tristes
aussi... C'est alors que j'eus l'idée de téléphoner
à René LALOUX, qui m'avait gentiment accueilli dans son
studio d'Angers en 1980, alors qu'il préparait "LES MAITRES
DU TEMPS". Après avoir entendu mes mésaventures, René
me conseilla sagement de présenter mon dossier auprès de
la Commission d'Aides sélectives au Court-Métrage au CENTRE
NATIONAL DE LA CINEMATOGRAPHIE, afin d'obtenir une subvention d'Etat qui
aiderait un producteur potentiel à financer mon film.
La suggestion fût bonne et j'eus la joie d'obtenir du CNC, après
plusieurs mois d'une interminable attente, une subvention de 70.000 FF
pour "HISTOIRE D'UN CLOWN". Restait à trouver un producteur.
Je me rendis donc, une nouvelle fois à Paris où j'essuyais
les mêmes échecs que lors de mon premier voyage et fût
révolté de constater qu'on ne voulait toujours pas de mon
film alors que je posais 70.000 FF sur la table des négociations.
La situation devenant insoluble, j'appellais à nouveau mon cher
René LALOUX, qui me dit : "Dans ton cas, je ne vois qu'une
seule solution : C'est Julien PAPPÉ !".
Julien
PAPPÉ, avant d'être producteur et réalisateur de films
d'animation à Paris avait eu une jeunesse extraordinaire : Polonais,
aristocrate et fils de médecin, né le 1er Janvier 1920,
son père lui conseille de quitter le pays en 1939 et de gagner
l'Amérique pour y faire fortune, en traversant la Russie et l'Asie,
afin d'éviter le conflit Mondial qui grondait alors. Après
un long périple, Julien se retrouve en 1944 à Alma Ata,
où Serghei Mikhailovitch EISENSTEIN tourne la deuxième partie
de son "IVAN LE TERRIBLE". En qualité d'artiste peintre,
PAPPE se fait engager sur le film pour créer des décors
et des accessoires, dont les fameux plats en forme de cygne. À
la fin du tournage, Julien vole toutes les tentures au magasin des accessoires
et construit une Montgolfière avec des camarades, afin de s'échapper
d'URSS. Avant de s'embarquer, la jeune équipe teste leur aéronef
sur une vache, qui s'envolera vers la Chine pour ne plus jamais revenir
! Obligé de faire demi-tour, c'est donc en tant que Capitaine de
l'Armée Rouge et traducteur officiel que Julien PAPPE participera
à la libération de Berlin en 1945. Lors des violents combats
dans la capitale nazie, un avion allié s'écrase aux pieds
de Julien. Sur l'aile de l'appareil en miettes, se trouve une caméra
DEBRIE 35mm, destinée à filmer les combats. Julien s'empare
de la caméra et décide à la Libération, de
s'installer à Paris pour y faire du cinéma. Devenant rapidement
un des plus grands spécialistes des effets spéciaux et des
films publicitaires, Julien PAPPE se lance avec bonheur dans l'animation
("UN OISEAU EN PAPIER JOURNAL" - "SOPHIE & LES GAMMES")
et fonde sa société de production (MAGIC FILMS) à
Paris, puis à Meudon, où il vit toujours actuellement. René
LALOUX, Peter KASSOWITZ, Jan LENICA, Michel ROUDEVITCH, André MARTIN,
Michel BOSCHET et bien d'autres, ont fait partie de ses poulains. Si Georges
MELIES n'avait pas existé, c'est Julien PAPPE qui l'aurait remplacé.
Les Archives du Film de Bois d'Arcy, François TRUFFAUT et le Service
de la Recherche de l'ORTF, sont bien placés pour le savoir...
Je rencontre donc Julien PAPPE en juillet 1983. Il accepte de produire
mon film et me prend tout de suite sous son aile protectrice en me conseillant
de m'installer définitivement à Paris, ce que je fais au
mois de septembre. Claude AUFRERE fait de même et Jean-Michel BERNARD
nous rejoint, devant terminer ses études musicales dans la capitale.
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Le
graphisme de Claude AUFRERE est particulier. Il ne peut s'adapter
à la technique traditionnelle du cellulo. Julien nous conseille
donc de faire le film en "papiers découpés"
en phase et articulés. Une technique qu'il a mis au point
et qui lui est chère, tant elle privilégie le graphisme
et les volumes alors que le cellulo n'utilise que des couleurs "à
plat".
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La
préparation et le tournage durent un an. Nous découpons
et peignons des centaines de phases de nos personnages. Sous le banc-titre,
équipé de la fameuse caméra DEBRIE, décrochée
de l'avion de Berlin, je tourne en 35mm et image par image. La musique
est enregistrée sur l'orgue de l'église de Meudon-Bellevue
par Jean-Michel BERNARD. Faute de moyens, mon assistant : Olivier
FLORINDA et moi, faisons les bruitages du film. Nos accessoires :
une embouchure de trompette, des casseroles, un pistolet d'alarme,
un sifflet d'enfant, un aspirateur et un sèche - cheveux !
On développe, on monte, on mixe; Le 10 juin 1984, jour de mes
24 ans, le film est achevé. Il entamera alors une carrière
internationale, sera projeté au Festival de Cannes 85 et sera
même nominé aux CÉSARS 85 !.. |
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