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L'ATALANTE "
HISTOIRE D'UNE RESTAURATION
par Jean-Louis BOMPOINT
(suite)
COMMENT
UNE PENICHE ARRIVE À TRAVERSER LA MANCHE...
Le travail avançait
de manière satisfaisante, mais avec Pierre PHILIPPE, nous constations
avec un peu d'amertume que ne nous ne réussirions pas à
reconstituer le film dans son intégralité: beaucoup de plans
et de sons manquaient encore à l'appel. Cette défection
devenait de plus en plus cruelle lorsqu'il nous manquait une vingtaine
d'images ou une bribe de phrase pour restaurer tel ou tel plan. Inlassablement
nous relisions nos notes, cherchions encore la bobine introuvable, le
plan mythique où Michel SIMON
enfonce une cigarette dans son nombril (nous avions l'image, mais toujours
pas le son !)... En vain. Je relus pour la énième fois l'ouvrage
de P.E SALES GOMES entre les lignes afin de trouver une solution à
notre problème, lorsque mes yeux s'illuminèrent à
la page 215 de la nouvelle édition: Il ne nous a pas été
donné de suivre le travail d'exécution technique de la nouvelle
version réalisée par les soins de la Cinémathèque
Française, mais en voyant le résultat final, on constate
qu'il ne manque pas d'intérêt. Toutefois, quand on a déclaré
à la presse Parisienne, à l'occasion du Festival d'Antibes
en 1950, ou au congrès de la Fédération Internationale
des Archives du Film, à Cambridge en 1951, que la version originale
de L'ATALANTE avait été reconstituée, il s'agissait
comme à Bruxelles en 1934, d'une exagération. En tous cas,
bien qu'une reconstitution de la version originale soit désormais
difficile, un progrès a été réalisé
et d'autres sont toujours possibles. Déjà, le fait qu'il
existait à Londres dès 1934, une copie du film conservant
le titre original, remplit d'espoir les admirateurs de Jean VIGO. L'oeuvre
de VIGO arriva en Angleterre dès 1934, avec la projection à
peu près simultanée, à Londres - en automne de cette
année- de L'ATALANTE dans un cinéma commercial et de ZÉRO
DE CONDUITE dans un ciné-club. (...) Il n'y est pas question de
CHALAND QUI PASSE, mais bien d'ATALANTE comme titre. Peut être GAUMONT,
doutant des charmes de la chanson de BIXIO sur le public Anglais, avait-il
décidé de lui envoyer la version du Palais Rochechouart.
(IN: "Jean VIGO" par P.E SALES GOMES - Editions Ramsay Poche
Cinéma). -" N'y pensez pas !", me dit Pierre PHILIPPE,
"Cette copie doit être morte et enterrée depuis belle
lurette...". Cependant je n'étais pas convaincu et l'idée
de cette copie existant peut être, allait jusqu'à troubler
mon sommeil... Imaginons un seul instant que nous finissions notre restauration
comme convenu et qu'une copie impeccable du film nous nargue de sa perfection
dans les brumes Londoniennes, depuis 1934. Ce serait trop bête!
C'est en ces termes que je réussis à convaincre Michel SCHMIDT
de m'envoyer à Londres afin de mener une petite enquête auprès
des NATIONAL FILM ARCHIVES et du BRITISH FILM INSTITUTE. Pierre PHILIPPE
ne pouvant pas m'accompagner, il préparait à l'époque
un magazine télévisé avec Christine OCKRENT, je m'envolais
donc seul pour l'Angleterre le 2O février 1990. On ne peut pas
dire qu'arrivé aux superbes locaux du BFI de Berkhamsted, l'accueil
soit particulièrement chaleureux de la part de ses occupants. "Nous
n'aimons pas beaucoup divulguer nos secrets, ici", me dit on clairement
pendant que l'on m'enfilait blouse et gants blancs, uniforme obligatoire
des lieux. Muni d'un laisser passer spécial, on m'adjoint un chaperon:
Peter FAIRBROTHER, afin qu'il surveille mes faits et gestes dans la maison.
Peter était rentré au BFI parhasard et n'entendait rien
au cinéma. Il venait en fait du nord de l'Angleterre où
il s'occupait des chevaux qui tiraient les chariots de charbon dans les
mines. Ayant perdu son emploi à la fermeture définitive
des mines, le gouvernement l'avait replacé au service de vérification
du BFI. Nous sympathisâmes immédiatement. Il trouvait complètement
idiot qu'un Français traverse la Manche pour partir à la
recherche de vieux bouts de pellicule et cela l'amusait énormément
de me voir pester à la vision d'horribles copies de L'ATALANTE
que David PETERSON et Kevin PATTON avaient sélectionné pour
moi. J'examinais diverses versions (dont certaines étaient sous-titrées)
de 1944, 1945, 1946, mais ne trouvais toujours pas mon oiseau rare et
commençais à me dire que Pierre PHILIPPE n'avait pas tort.
Dans un dernier sursaut, je dis à Peter qu'il me fallait retrouver
cette copie de 1934. D'un air entendu et le doigt sur sa bouche, m'invitant
à la plus totale discrétion, il m'emmena dans une chambre
froide située au sous sol de l'établissement et me dit devant
la porte blindée qui était fermée: -" Il faut
que tu demandes à ce que l'on t'emmène là-dedans,
c'est plein de vieux trucs dans des boîtes toutes rouillées
qui explosent de temps en temps, je parie que ce que tu cherches est dans
ce bazar... Mais ne dis pas que c'est moi qui te l'ai dit...". Fort
de ce conseil, je demande à Tony SCOTT, Préservation Officer
du BFI, de visiter cette caverne d'Ali-Baba... Après un mouvement
de surprise, l'autorisation fut accordée et j'entrais dans le Saint
des Saints du BFI. Après une demi-heure de recherches, Peter, qui
m'avait accompagné et commençait à se piquer au jeu
me dit: -" Hey, Man ! I've got an ATALANTE... Eight rolls ! Number
is... 1957 H ". Vu le numéro et pensant qu'il s'agissait de
l'année de tirage, je mis les huit boîtes rouillées
de côté et invitait Peter à reprendre nos recherches.
A la fin de la matinée nous n'avions rien retrouvé de supplémentaire
et remontions avec les huit bobines de la copie #1957 H. Nous ouvrons
les boîtes avec précaution et regardons à l'intérieur
les fiches qui dataient du temps où John GRIERSON dirigeait encore
le BFI. Apparemment, ces bobines n'avaient pas été visionnées
depuis 1940... Fébrilement je déroulais quelques mètres
de pellicule: c'était du film nitrate, donc de fabrication antérieure
à 1952, date de l'apparition du support ininflammable. Puis, je
tâchais de rechercher entre le bord du film et les perforations,
les petits signes cabalistiques instaurés par George EASTMAN, qui
indiquent l'année de fabrication de l'émulsion. Enfin je
peux voir un "plus" et un "point noir" inscrits côte
à côte... -" 1934! My dear one !", s'esclaffa Peter
avec un large sourire. Cette fois ci, l'émotion était grande,
toutes les personnes qui étaient autour de nous commencèrent
à se rapprocher du trésor repêché et David
PETERSON vint nous rejoindre. Après examen des bobines, il nous
déclara sa stupéfaction dans la mesure où cette copie
#1957 H n'avait jamais été répertoriée dans
les fichiers du BFI. Quelques minutes plus tard, alors que nous visionnions
la première bobine sur une table de montage acceptant le film flamme,
je poussais un cri de joie: la copie hypothétique envoyée
à Londres en 1934 et évoquée par SALES GOMES était
retrouvée ! Je faxais immédiatement à Paris: Londres
le: 22/02/90 Le voyage n'aura pas été inutile. Je viens
de mettre la main sur une copie de L'ATALANTE en quasi parfait état
datant de 1934 ! Si le BFI accepte (mais cela n'a pas l'air facile) ,
de nous prêter le matériel, nous allons pouvoir, avec les
éléments que nous avons, reconstituer le montage voulu par
VIGO à 98%. Vu l'importance de la découverte, cela va changer
radicalement notre plan de travail. Si je puis me permettre une opinion,
le mieux serait que vous obteniez du BFI, l'autorisation de rapatrier
cette copie immédiatement et que nous fassions tirer un négatif
(image & son) afin d'avoir un master en film de sécurité.
A présent, nous ne pouvons continuer la restauration de L'ATALANTE
si nous n'obtenons pas cette copie (...) Cela, David PETERSON l'avait
bien compris, l'honneur du BFI était en jeu. -"Quand je pense...",
me dit-il, "...Que lorsque nous projetions L'ATALANTE pour des manifestations
de prestige, nous demandions à GAUMONT de nous envoyer leur meilleure
copie et que nous ne savions pas que ces bobines étaient là,
j'en suis malade !.. ". Informé de la découverte, Tony
SCOTT arriva sur les lieux et me déclara qu'il était formellement
interdit par la loi Britannique de sortir un quelconque élément
cinématographique appartenant au BFI. Je me récriais, ces
bobines n'appartenaient pas au BFI mais bel et bien à GAUMONT !
-" Cela, il faudrait arriver à le prouver Monsieur BOMPOINT..."
me dit SCOTT d'un air narquois. Je tentais d'expliquer la supposition
de SALES GOMES qui m'avait donné l'idée d'aller visiter
le BFI, rien n'y fit. Le film ne sortirait pas d'ici. Il me vint alors
une idée. Je savais que les débuts et les fins de bobines
de 300 mètres d'un film en exploitation commerciale étaient
à l'époque marqués par un poinçon gaufré
aux armes de la maison de production. Je pris l'une des huit bobines au
hasard, vérifia, puis invitai Tony SCOTT à venir constater
de visu, à travers une loupe, que les poinçons étaient
bien présents, marqués aux initiales de la GAUMONT FRANCO
FILM AUBERT. Le rapatriement du film à la maison mère ne
faisait désormais plus de doute. -" OK ! You win.", me
dit Tony SCOTT fair-play. A nouveau je faxais chez GAUMONT: Londres, le:
23/02/90 Je viens d'examiner la copie #1957 H très attentivement.
Il s'agit d'une copie poinçonnée aux armes de la GFFA qui
est très vraisemblablement le tout premier montage de Louis CHAVANCE
. Cette copie contient un grand nombre de plans étonnants et inédits.
Curieusement, le plan d'avion n'est pas inclus dans cette version. La
qualité de l'image est excellente; quant au son, c'est le meilleur
que je n'ai jamais entendu. Cependant, il y a quelques coupes image/son
dans quelques plans. Par bonheur nous avons à Paris ces plans en
parfait état. Il y a quelques rayures aussi... C'est donc avec
cette copie 1957 H, plus nos inédits de la Cinémathèque
Française que nous allons pouvoir reconstituer une version quasi-intégrale
de L'ATALANTE. (...) Est-ce que Monsieur SCHMIDT pourrait appeler officiellement
le BFI pour régler les problèmes de douane. Ici , les Anglais
sont très sceptiques sur le fait de pouvoir sortir 8 bobines de
300 mètres de film flamme sans problèmes importants. De
plus, ils ont des problèmes de conditionnement. Je leur ai bien
parlé des boîtes étanches en plastique comme nous
en avons aux Archives du film, mais ils ne connaissent pas ce système.
(...) Le BFI va faire tirer lundi un élément de sécurité
de la copie nitrate. C'est seulement après ce tirage que nous pourrons
jouir de l'original. (...) Je restais à Londres quelques jours
supplémentaires. GAUMONT avait décidé que je revienne
avec un négatif combiné de sécurité, tiré
par les soins des laboratoires du BFI, d'où nous obtiendrons un
positif à Paris afin qu'il nous serve de copie travail pour la
restauration finale. Cette copie travail montée, sera conformée
avec les autres éléments en notre possession et le nouveau
négatif de la copie #1957 H. Seul l'original nitrate positif voyagera
par transporteur spécial afin d'établir un nouveau négatif
pour GAUMONT et un transfert digital du son optique original pour le STUDIO
RAMSES afin d'être restauré. Je visitais également
le département photographique des NATIONAL FILM ARCHIVES et ramenais
à Paris quelques photographies du tournage de L'ATALANTE que nous
n'avions plus en France. Pendant que les opérations de laboratoire
se déroulaient dans les locaux du BFI à Berkhamsted, j'eus
la surprise de rencontrer Michelle AUBERT, Directrice des ARCHIVES DU
FILM de Bois d'Arcy et Jean-Pierre NEYRAC qui assistaient à un
congrès sur la conservation des films anciens. Tous deux me promirent
leur soutien complet pour la remise à flots de L'ATALANTE. Je rentrais
à Paris, heureux, les bobines sous le bras.
L'ATALANTE FAIT PEAU NEUVE
À présent, nous avions tous les éléments pour
travailler physiquement sur la restauration du film. Je commençais
à tailler gaillardement dans la pellicule et dans les sons, aidé
pour l'occasion par Fred WORMSER et Thierry TRELLUYER. Toujours absorbé
par la préparation de son magazine d'information et par des travaux
de restauration de films muets demandés par GAUMONT, Pierre PHILIPPE,
passait nous voir, une ou deux heures, deux fois par semaine, afin de
se tenir au courant de l'évolution des opérations et visionnait
le travail achevé. Voici le plan de notre restauration:
MÉMORANDUM TECHNIQUE
CF = Rushes Cinémathèque Française. LAVANDE-CF =
Copie lavande Cinémathèque Française. CQP-CRB = "Le
chaland qui passe"- Cinémathèque Royale de Belgique
BFI = Copie CEX #1957 H d'origine GFFA - 1934 - British Film Institute,
National Film Archives.
Tous les négatifs et lavande provenant de la Cinémathèque
Française ont été nettoyés et restaurés
au sein des Laboratoires DAEMS. À partir de ces éléments
ont été tirés un contretype, un marron, un positif
de travail et un contretype pour la restauration de la copie d'exploitation
1990.
La piste sonore du film a été reconstituée à
partir des éléments cités dans la liste des abréviations.
BOBINE #1
Nouveau générique
(Michel GONDRY & Studio EXPOSURE) avec dédicace à l'attention
d'Antoine SAND, petit-fils de Jean VIGO.
- Les époux marchant
devant les meules de foin (CF).
- Les époux marchant dans les fougères (CF).
- Gros plan de la remise du bouquet par le gosse aux époux (CF).
- Le Père Jules fait embarquer Juliette sur la péniche (CF).
- Une paysanne se signe (BFI-Truqué).
- La péniche accoste (CQP- CRB).
- Durée bobine #1: 11' 53"
La première bobine a été relativement facile à
restaurer. La musique du générique toujours mutilée
dans toutes les copies que nous avons pu visionner a été
finalement retrouvée intacte avec son introduction dans la copie
BFI. Pour la suite de la restauration, Luce VIGO nous est venue en aide
en nous confiant toutes les notes techniques et les souhaits esthétiques
écrits de la main de son père, nantis du scénario
et du découpage technique définitif dactylographié
par Lydu VIGO et Jacqueline MORLAND
. Grâce à ces documents inespérés et inédits,
(ils ne sont même pas présents au sein de l'ouvrage de Pierre
LHERMINIER), nous avons pu découvrir que VIGO souhaitait que Michel
SIMON se dédouble, par le biais d'un trucage optique, pour se battre
avec lui même dans la scène du pancrace. J'informais immédiatement
Claude COPIN du délicat trucage à effectuer. Quand Gérard
SOIRANT fit les premiers essais, les résultats dépassaient
toutes les espérances... VIGO avait eu là une idée
de génie, malheureusement refusée à l'époque
par les producteurs. En 1990, justice était faite.
BOBINE #2
- Jean tire le fil à linge (Lavande-CF).
- Le Père Jules donne son linge (Lavande-CF). Réintégration
de la scène de Raspoutine (BFI) et intégration du plan inédit
(et flou...) de Jean & Juliette à la lessiveuse, chantant ensemble
Le chant des Mariniers. (CF).
- Juliette plonge la tête de Jean dans le seau (CF).
- Le pancrace du Père Jules (BFI-Truqué sur deux plans par
le Studio EXPOSURE).
- Juliette sort son siège pliant depuis la proue de la péniche
(CF - Son reconstitué artificiellement à partir de différents
morceaux de la piste sonore du film, sur deux bandes, par JL.BOMPOINT).
- Mise en place d'ambiance sonore sur la séquence de la péniche
coincée dans la brume (même procédé sonore
cité précédemment).
- Depuis la péniche, le gosse jette une caisse dans l'eau. (CF).
- Jean et le Père Jules cherchent Juliette (CF).
- Le père Jules quitte la péniche en maugréant et
se dirige vers la cabane aux chats et leur donne à manger (BFI
+ CQP-CRB).
- Durée de la bobine #2: 12' 30"
BOBINE #3
- Dernier plan de la séquence de l'écluse (Lavande-CF) :
Raccord musique dans la séquence de l'écluse.
- Durée de la bobine #3: 10' 48"
BOBINE #4
Dans cette quatrième partie, d'épineux problèmes
furent à résoudre dans la mesure où nous disposions
de l'image de certaines séquences sans avoir pu retrouver les sons
correspondants.
- Il y avait tout d'abord la scène où le Père Jules
allume une cigarette et la place dans son nombril (CF). J'ai du opérer
de la manière suivante afin de reconstituer la bande sonore et
le dialogue de Michel SIMON:
a) Détection labiale muette du dialogue de Michel SIMON.
b) Analyse des phonèmes du dialogue de Michel SIMON.
c) Recherche dans la piste sonore du film entier, de tout phonème
de la voix de Michel SIMON correspondant à la détection
labiale établie.
d) Isolement des phonèmes recherchés sur 35m/m magnétique.
e) Montage sur deux bandes son en intervalles de chaque syllabe du dialogue
reconstitué par phonèmes.
f) Mixage de la restauration sonore au Studio RAMSES.
Je rencontrais des problèmes similaires dans la séquence
de la fuite de Juliette et de sa recherche par Jean, le Père Jules
et le gosse. Sur les huit plans remontés, deux seulement étaient
tournés en son synchrone, le reste avait été filmé
en muet et tourné à la manivelle sur une DEBRIE PARVO "L"
par Boris KAUFMAN. Il fallait donc reconstituer l'ambiance du port et
du déchargement de la péniche, Jean appelant sa femme, et
Juliette répondant d'une voix lointaine. J'ai donc utilisé
la même méthode que pour la reconstitution de la scène
de la cigarette dans le nombril du Père Jules, en recherchant ici
et là sur toute la piste sonore du film, les ambiances et les dialogues
susceptibles de me servir pour redonner vie à ces six plans. Sur
une bande étaient montées les ambiances et sur l'autre,
les dialogues et les voix-off. Le tout mixé par le Studio RAMSES.
- Le Père Jules donne un coup de pied aux fesses du gosse (CF).
- Durée de la bobine #4: 12' 27"
BOBINE #5
Reconstitution intégrale et inédite du premier couplet de
la chanson du camelot, tourné à deux caméras synchrones
aux Studios des Buttes-Chaumont -GFFA.
- Durée de la bobine #5: 11' 08"
BOBINE #6
Élément intégralement d'origine (BFI).
- Durée de la bobine #6: 10' 02
BOBINE #7
- Plan de coupe du phonographe.
- Plan général de Jean plongeant dans l'eau à partir
de la péniche (CF).
- Jean lèche un bloc de glace (CF).
Restauration son de la valse de la SUITE FRANÇAISE de Maurice JAUBERT,
dans la séquence du phonographe réparé par le Père
Jules et présenté à Jean sur le pont de la péniche
en travers du fleuve.
Réintégration de la séquence du montage parallèle
entre Jean & Juliette se désirant mutuellement (BFI).
- Durée de la bobine #7: 9' 22"
BOBINE #8
- Jean marche dans le port du Havre (CF). Remontage de la séquence
du Père Jules recherchant Juliette avec intégration du plan
où le Père Jules est à la station de métro
Stalingrad (ou Jaurès).
- Plans supplémentaires du délire de Jean sur la plage de
Saint-Adresse (CF). Pour ces séquences, intégration d'ambiances
sonores suivant le procédé employé dans la bobine
#4.
- Intégration de la chanson ELLE A DU CHIEN dans la séquence
du magasin de musique. (Composé par Charmel & Sellers. Interprété
par Georges Sellers & l'orchestre du Bal Tabarin- Disque 78trs "Gramophone-La
voix de son maître"- Orch 50-1263. N° CAT K 6200-BIEM)
- (Collection privée JL.BOMPOINT).
- Intégration de la version avec orchestre & choeurs du Chant
des Mariniers (JAUBERT-GOLDBLATT) - (BFI).
- La péniche vue d'avion (CF - Truqué par le Studio EXPOSURE
: Il y avait deux à coups désagréables à la
vue provoqués par les turbulences de l'appareil qui ont été
recadrés et ralentis en trucage. Grâce à Jean-Paul
ALPHEN, nous avons pu apprendre que ce plan a été tourné
par Boris KAUFMAN une fois le premier montage terminé, à
la demande de VIGO déjà malade et malheureusement alité
).
- Final musique restauré. (Vocal chanté par Marthe JAUBERT).
- Durée de la bobine #8: 11' 17"
DURÉE TOTALE DU FILM: 88' 07"
Toutes ces opérations effectuées, je pouvais considérer
que le film était restauré dans son intégralité
selon les souhaits de Jean VIGO. L'expérience avait été
troublante; à 29 ans et 56 ans plus tard, j'étais amené
à remonter le film d'un garçon qui avait le même âge
que moi et que je n'avais pas eu l'honneur (et sûrement la joie)
de connaître. Extrêmement troublé par ce curieux hasard,
je demandais à GAUMONT de faire un "break" de 10 jours
pour les vacances de Pâques, tant j'étais physiquement et
moralement épuisé. Le fait de me retrouver seul la nuit,
en plein hiver, dans les studios de Joinville, alors que tout le monde
dormait, devant les rushes de L'ATALANTE, en entendant sur la bande son
la voix de VIGO, vivant, toussant, pestant contre le retard ou ses comédiens,
sa mort me semblait être une profonde injustice. Je me disais souvent
que si FLEMING avait eu le bonheur d'inventer la pénicilline en
1934 plutôt qu'en 1935, Jean VIGO aurait réalisé tout
un tas de films et restaurerait seul L'ATALANTE aujourd'hui. Entendre
également les commentaires ou les rires de Boris KAUFMAN
, Louis LEFEBVRE
, et Jean DASTE
, pour ne citer qu'eux, me troublèrent profondément. J'étais
tellement plongé dans l'atmosphère du film que je ne savais
plus si nous étions en 1934 ou en 1990 lorsque je traversais les
ruelles du studio de Joinville
, lieu intemporel si il en est... Afin de regagner mon auto et rentrer
chez moi. J'étais triste et frustré lorsque la fin d'une
bobine de rushes me coupait l'aboiement d'un chien dans le lointain ou
la parole de VIGO en train de converser avec ses comédiens et que
le manque de pellicule tranchait à jamais la fin de la phrase qu'il
avait commencé... Il m'arrivait même de pleurer bêtement
en me disant que toutes ces voix étaient désormais enterrées
par le passé et le triste sort de la fatalité, ou vieillies
et déformées par les années lorsque j'eus la chance
de rencontrer les "survivants" du film... Plus grave encore,
tout film qu'il m'était donné de voir était dans
mon esprit mis en comparaison avec la perfection poétique de L'ATALANTE
et perdait tout son intérêt à mes yeux. J'atteins
le seuil de la dépression lorsque je me dis que je ne pouvais plus
créer de films étant donné que tout avait été
dit avec VIGO. Il était temps que je prenne un sérieux recul
face à tout cela.
Je partis donc pour New-York sur les conseils de plusieurs amis, afin
de rencontrer mon Maître de musique: Lionel HAMPTON et tourner un
court-métrage sur la musique de jazz que Claude COPIN avait eu
l'amitié de me produire. Le voyage et le dépaysement furent
merveilleux dans la mesure où c'était la première
fois que je découvrais les États-Unis, mais L'ATALANTE me
manquait viscéralement. De temps en temps, GAUMONT me téléphonait
afin de retrouver telle ou telle bobine pour visionner en mon absence
un élément demandé par Pierre PHILIPPE, qui, ayant
été trop absent, ne savait plus comment les choses avançaient...
Il était temps de rentrer et mon premier geste en arrivant à
Paris, fût de me rendre directement dans ma salle de montage, retrouver
mes chères bobines. C'est là que mes rapports avec Pierre
PHILIPPE s'envenimèrent. Trop absorbé par ses travaux extérieurs
et la pièce de théâtre, dont il était l'auteur,
qu'il présentait à Paris, visiblement accablé par
des problèmes personnels dont je n'évaluais pas la teneur,
il avait complètement quitté le navire et ne revint le rejoindre
que pour achever, seul et fébrilement, le court-métrage
de présentation, (dont il assurait l'écriture et la diction),
devant servir de lever de rideau à notre restauration. Il me dit
cependant qu'il fallait que "nous nous tenions la main" devant
les journalistes et nos futurs interlocuteurs en déclarant que
notre travail avait été une "collaboration commune
de tous les instants". Bien entendu j'acceptais de bonne grâce
et jouais le jeu dès nos premières interviews. La BBC vint
nous rendre visite. Elle effectua par le biais de ses cameras et la complicité
de David THOMPSON un compte rendu de notre travail. Déjà
dans la presse Française, on laissait entendre que la nouvelle
version de L'ATALANTE s'annonçait comme une réussite. Nous
étions prêts pour le Festival de Cannes. Pierre PHILIPPE
déclarait à qui voulait bien l'entendre qu'il ne serait
pas présent sur la croisette...
La "preview" eut lieu chez GAUMONT à Neuilly avec toute
l'équipe de la restauration, des journalistes, Pierre MERLE, Charles
GOLDBLATT, Luce VIGO, Emile BRETON, Pierre ETAIX et quelques invités
triés sur le volet. Michel SCHMIDT, Gilles VEHNARD et Martine OFFROY
étaient enchantés de la restauration. Ils nous félicitèrent
chaleureusement et nous invitèrent à Cannes afin de fêter
dignement l'événement en compagnie de Luce VIGO. Avant de
partir et que Pierre PHILIPPE ne se décide au dernier moment de
venir grossir les rangs sur la Côte d'Azur, il y eut une projection
de presse à Neuilly. C'est là et au cours de nombreuses
interviews données à l'issue de la présentation que
Pierre commença à faire cavalier seul en attribuant à
son seul mérite la restauration complète de L'ATALANTE.
S'étant attiré les faveurs diplomatiques de Gabrielle MAIRESSE,
attachée de presse chez GAUMONT, Pierre PHILIPPE se débrouilla
astucieusement pour m'évincer à chaque fois qu'un interlocuteur
intéressant se proposait de nous rencontrer. Les choses s'aggravèrent
sur la croisette et mes rapports avec Pierre devenaient tellement orageux
que je décidais intérieurement de rentrer à Paris
sitôt le film présenté à Cannes, trop écoeuré
par la situation. Je dois avouer que j'ai énormément souffert
de cette trahison doublée d'injustice, ayant toujours eu pour Pierre
PHILIPPE un grand respect, voire une certaine admiration...
L'ATALANTE
ACCOSTE À CANNES ET REPART VISITER LE GLOBE
La présentation eut lieu au Palais des Festivals dans des conditions
de projection étonnantes de qualité. La veille nous avions
visité les lieux et rencontré les projectionnistes afin
de régler de manière optimale l'image et le son dans la
salle. Il y eut deux représentations ce 14 mai 1990, journée
Mondiale du film restauré, sous le haut patronage de Martin SCORCESE
et Isabella ROSSELINI. A la fin de la première projection, Freddy
BUACHE criait tout fort: "C'est une bonne copie de L'ATALANTE, mais
ce n'est pas la meilleure...". Malgré tout, ces deux projections
furent couronnées d'applaudissements nourris et chaleureux. Il
y eut ensuite une conférence de presse/débat sur la restauration
des films dans le monde et la remise du Prix Rossellini. Étaient
présents Martin SCORCESE, Isabella ROSSELINI, Nicolas SEYDOUX et
Jean ROUCH pour ne citer qu'eux. Ce fut une piteuse mascarade menée
au désastre par Isabella ROSELLINI, plus préoccupée
par son ego que par les films en voie de disparition. Seuls Jean ROUCH
et Nicolas SEYDOUX sortirent le débat de la médiocrité
avec la complicité de Michelle AUBERT en faisant remarquer à
l'assistance que les propositions de restauration énoncées
par ROSSELINI & SCORCESE étaient mises en pratique depuis bien
longtemps en France ! Perdant du terrain, la belle Isabella coupa court
au débat et fit une sortie remarquée au milieu des photographes
qui s'en donnèrent à coeur joie. Un dîner somptueux
fut donné au CARLTON, (que Pierre PHILIPPE bouda en raison de ma
présence), en compagnie de Luce VIGO et toute la direction de chez
GAUMONT réunis à la même table. Le lendemain, je décidais
d'écourter mon séjour et m'envolais pour Paris. Ma mission
était terminée. Bientôt L'ATALANTE allait voguer dans
les salles du monde entier pour le plus grand plaisir de tous les cinéphiles
et du public le plus large. Cette restauration ne fut pas facile dans
bien des domaines, mais seul le résultat compte. L'essentiel est
de constater qu'à présent, l'oeuvre de Jean VIGO rétablie
dans son intégralité, pourra séduire longtemps encore
des générations de spectateurs. J'ai été très
honoré de participer à cette renaissance.
" Heureuse vie à bord de L'ATALANTE ! "
Paris, 8 septembre 1993 © JL.BOMPOINT
Reproduction Interdite sans accord préalable de l'auteur
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